Champ libre
Thématique: Le soin du vivant
Alex Côté Hallée, Annie Baillargeon, Christine Ouellette, Marie-Aube Laniel, Sara Hini, Sarabeth Triviño
Du 12 au 13 septembre 2026
En 2026, Atoll art actuel assurera pour la toute première fois la coordination de Champ libre. Cet événement de création en nature, porté par la Ville de Victoriaville depuis plus de six ans, se tient en plein air dans le parc du Boisé-des-Frères-du-Sacré-Coeur, dans Arthabaska, en plus de s’accorder on ne peut mieux avec la mission du centre.
La nature, et plus largement le vivant, occupent une place centrale dans les pratiques de l’art actuel. Orientant des démarches qui cherchent à entrer en relation avec lui plutôt qu’à simplement le représenter, le vivant tend aujourd’hui à s’incarner dans des œuvres qui accordent une attention particulière au soin. C’est dans cette perspective que la revue esse arts + opinions a récemment consacré un numéro aux liens entre l’art et l’agriculture. Les questions agroécologiques, les relations entre les humain·e·s et la terre, les héritages et continuités de l’histoire coloniale, ainsi que le développement de pratiques durables figurent parmi les préoccupations qui y sont abordées (2024).
De même, certaines initiatives artistiques, telles que le projet Friches — présenté au Centre d’exposition Jacques-et-Michel-Auger et déployé simultanément in situ — ou encore les œuvres de l’artiste Jacinthe Carrier, qui avait été invitée pour l’occasion, proposent une revalorisation sensible des terres, envisagées comme des milieux vivants avec lesquels entrer en relation (Fortin, 2024, 2026).
Ainsi, les artistes interrogent nos manières d’habiter, de transformer et de coexister avec les milieux vivants, tout en ouvrant des espaces critiques et sensibles permettant d’en réimaginer les possibles.
En choisissant comme thématique Le soin du vivant, Atoll art actuel invite les artistes à explorer — sur le site — des questions liées à l’espace, au lieu, à l’histoire et à l’imaginaire qui lui sont tributaires :
crédit photo: Mathieu-Philippe Perras 2023
Comment co-créer avec le vivant, en reconnaissant son agentivité plutôt qu’en le considérant comme un simple matériau ou décor ?
Doctorant en études et pratiques des arts à l’UQAM et directeur artistique de l'IDYLLE, Alex Côté Hallée est un artiste-chercheur queer dont la pratique se situe à la croisée de la performance, de l’installation et de la recherche-création. Terraformation(s) est une performance-installation in situ qui prend forme à partir d’une mise en relation entre le corps, les matières et le territoire.
Comment fabriquer un corps-assemblage poreux, aqueux et dissident, où humain·e, végétal, textile et territoire ne cessent de négocier leurs frontières, leurs formes et leurs temporalités ?
Par une série de gestes simples — porter, nouer, suspendre, maintenir, relier, tendre, déposer ou laisser tomber —, l’artiste met son corps en relation avec les matières et le territoire. Progressivement, le corps devient lui-même une sculpture en transformation : membrane, nœud, réceptacle, support ou excroissance au sein d’un assemblage instable. À partir d’une réflexion sur le soin, l’écoute et la réciprocité, Terraformation(s) s’inscrit dans une démarche de cocréation avec le vivant, articulée autour du triptyque matière, corps, territoire.
En quoi une posture féministe peut-elle s’incarner à travers des pratiques de soin, d’attention et de relation au vivant ?
Née à Victoriaville, Annie Baillargeon est une artiste pluridisciplinaire qui a cofondé deux collectifs de performance, Les Fermières Obsédées (2001-2015) et B.L.U.S.H. (2015 à auj.). À l’interstice des fissures est une performance-installation réagissant à la rupture historique entre la terre et le vivant, où la terre n’est plus considérée comme un être vivant mais comme une ressource à exploiter (Merchant, 2016). La performance de Baillargeon propose une réflexion sur les lieux, les gestes et les temps de la régénérescence. Elle se développera à partir des aiguilles de pin, envisagées comme un symbole de longévité et de résilience à travers une série de gestes ritualisés en guise de reconnaissance du territoire.
Cette réflexion s’inscrit dans une démarche écoféministe qui fait écho aux hétérotopies : ces « espaces autres » où les rapports de pouvoir peuvent être révélés, contestés ou réinventés (Foucault, 1967). Baillargeon interroge les logiques d’exploitation qui s’exercent à la fois sur les ressources naturelles et sur les corps, en particulier ceux des femmes et des personnes historiquement marginalisées. À l’interstice des fissures nous invite donc à imaginer des relations renouvelées avec le vivant, fondées sur le soin, mais aussi sur la réciprocité et l’interdépendance.
crédit photo: Laurène Janowsky
Quelles solidarités — humaines et plus qu'humaines — ce site permet-il de tisser ou de réimaginer ?
Artiste-céramiste et candidate au doctorat en études et pratiques des arts à l’UQAM, Christine Ouellet inscrit sa pratique à la croisée de l’art, de l’écologie et de la recherche interdisciplinaire. Membre étudiante du Groupe de recherche interdisciplinaire sur le végétal et l’environnement (UQAM) et collaboratrice au Laboratoire Symbiose (UQTR), elle s’intéresse aux potentialités artistiques et environnementales des matériaux issus du territoire, notamment les sédiments dragués du Réservoir Beaudet.
Habitat vernaculaire explore les possibilités d’une maison-sculpture autonome destinée à accueillir végétaux, insectes et animaux. Composée de perchoirs, de cavités, d’un bain d’oiseaux, de carillons et d’un toit végétalisé, l’œuvre agit comme un refuge et un îlot de fraîcheur. L’artiste tisse un dialogue entre matière, lieu et vivant en utilisant des sédiments provenant du Réservoir Beaudet en tant qu’enduit céramique entièrement local. Son œuvre invite à imaginer de nouvelles solidarités interespèces, où l’art devient un geste de soin et d’attention envers les milieux que nous partageons.
Quelles futurités — pour le lieu, pour les milieux vivants et pour les communautés — ce site permet-il d’imaginer ?
Historienne et artiste multidisciplinaire en arts visuels, Marie-Aube Laniel présente une installation monumentale en saule tressé suspendue au cœur du Boisé. Traversée de perforations et maintenue par des fils presque invisibles, la structure évoque les conditions de subsistance que le vivant rend possibles et leur fragilisation face aux logiques extractives. Son intérieur, tapissé de sapinage et de cheveux, est un espace à la fois protecteur et précaire: le soin porté par le vivant persiste mais l'épuisement des conditions qui le rendent possible est bien réel. En rendant perceptibles les interdépendances écologiques qui soutiennent notre existence, Les conditions de l’évidence déplace le regard individuel vers les relations qui unissent les êtres vivants à leur milieu. Dans cette perspective, Laniel nous invite à réfléchir à notre dépendance envers les systèmes vivants qui rendent notre existence possible et que nos modes de vie contribuent pourtant à fragiliser, soulignant que l’habitabilité du monde dépend d’équilibres fragiles et de liens d’interdépendance qu’il nous revient de cultiver collectivement.
crédit photo: France Paradis
crédit photo: Julie Tellier - jessica oliveira
Comment valoriser un lieu sans se l’approprier, en respectant ses usages, ses mémoires et ses équilibres ?
Sara Hini est une artiste multidisciplinaire dont le travail s’appuie sur la photographie et la transformation de l’image. Cofondatrice de The Womanhood Project ainsi que de Aye Lab, elle développe une pratique caractérisée par les enjeux féministes et son parcours migratoire. Profondément inspirée par son expérience de travail en sylviculture et en reboisement, elle présente Merci de ralentir, une installation de drapeaux de marquage disséminés dans l’espace offrant aux visiteur.euse.s une expérience de ralentissement et de présence à travers la marche. Détournant des fanions habituellement associés au contrôle du territoire, elle invite les personnes spectatrices à observer et à découvrir diverses questions autour du soin de soi et du territoire. Elle transforme ainsi leurs déplacements en une quête à la fois sensible et introspective.
Le public est invité à prolonger la réflexion sur Instagram : partagez la photo d'une des questions sur les petits drapeaux de l’installation ainsi que votre réponse. N'oubliez pas d'identifier l’artiste @sara_hini et le centre @atollartactuel pour que nous puissions repartager vos découvertes!
De quelles manières une œuvre peut-elle rendre visibles et sensibles les histoires coloniales liées à ce territoire ?
Portée par des thématiques sociopolitiques telles que la migration, l’identité, le territoire et le genre, Sarabeth Triviño réactive des savoirs ancestraux traditionnellement féminins tels que le crochet, le macramé, la broderie et le tricot. S’incarnant dans des sculptures textiles, des œuvres vidéo, des performances et des installations, ceux-ci s’imposent comme des formes de résistances aux logiques coloniales, tout en participant à la mémoire collective des femmes non occidentales. Inspirée du concept andin du Buen Vivir, l’installation Ofrenda (Offrande) évoque une vision du monde fondée sur l’équilibre entre les êtres humains, la communauté et la nature. Elle met en lumière des pratiques liées aux territoires, aux plantes médicinales et à l’artisanat, aujourd’hui fragilisées par les dynamiques extractivistes. L’œuvre prend la forme d’une structure de branches portant un panier, symbole de mémoire, de soin et de lien communautaire. Elle invite à envisager d’autres manières d’habiter le monde, lesquelles se fondent sur la relation au vivant.
crédit photo: Eduardo Bustillos
Dans le milieu des arts actuels, l’avenir est un moteur de recherche artistique essentiel qui nous pousse à réimaginer notre monde. C’est dans cet esprit de partage qu’Atoll propose, en marge de la création, une conversation ouverte au public le dimanche 13 septembre à 13h. Ce moment d'échange sera l’occasion d’explorer collectivement la thématique du soin du vivant avec des invité.e.s de divers horizons:
Crédit photo : Melina Vera-Jaramillo
Commissaire indépendante, autrice et travailleuse culturelle, Ariel Rondeau est titulaire d’un baccalauréat en histoire de l’art et d’une maitrise en muséologie de l’UQAM. S’intéressant aux pratiques évolutives et aux espaces d’exposition non conventionnels, ses derniers projets de commissariat l’ont amené à collaborer avec plusieurs lieux culturels, dont Vrille (Kamouraska), Regart (Lévis) et EXPRESSION (Saint-Hyacinthe). Coordonnatrice de la programmation de Dazibao, elle vit et travaille à Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal.
Charlotte est chercheure en production maraîchère biologique et serricole au Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+) du Cégep de Victoriaville depuis 2018. Ses travaux et ses intérêts portent notamment sur les approches alternatives de production, la vie du sol, les cultures de couverture, les fermes à échelle humaine et, plus largement, l’agroécologie.
Une production d’Atoll | art actuel avec l’appui de la Ville de Victoriaville.